Ce que vous achetez, en réalité
Un site internet n'est pas un produit, c'est un assemblage de décisions. Deux prestataires peuvent livrer deux objets qui se ressemblent à l'écran et n'ont rien de commun derrière : l'un a acheté un thème et rempli les cases, l'autre a dessiné vos pages et écrit le code qui va avec. Le premier a passé deux jours, le second trois semaines.
Le prix ne mesure donc pas la qualité dans l'absolu. Il mesure la quantité de travail sur mesure qu'on a mise dedans, et le nombre de problèmes qu'on a traités avant qu'ils ne deviennent les vôtres.
Les quatre postes qui font tout l'écart
Le graphisme. Thème du commerce habillé de votre logo, ou univers visuel dessiné à partir de vos produits et de vos clients. C'est le poste le plus visible et le plus facile à couper.
Le contenu. Les textes et les photos représentent la moitié de l'effet d'un site. Un devis qui ne mentionne pas le contenu suppose que vous le fournirez, et c'est là que les projets s'arrêtent pendant six mois.
Le référencement. Structure, titres, vitesse, données structurées : intégrés à la conception, ou vendus plus tard en prestation séparée. Dans le second cas, votre site part sans.
La reprise de l'existant. Si vous avez déjà un site, l'inventaire des adresses et le plan de redirections est un poste à part entière. C'est aussi le premier que les devis serrés suppriment.
Le devis le moins cher n'est pas le moins cher : c'est celui dans lequel quatre postes ont été retirés sans que la ligne apparaisse.
Les fonctionnalités qui font grimper le devis
Les quatre postes ci-dessus concernent tous les sites. S'ajoute ensuite ce que vous demandez en plus, et là l'écart se creuse vite. Une fonctionnalité n'est pas une case à cocher : c'est du développement, des cas particuliers auxquels personne n'a pensé, et des tests.
La prise de rendez-vous en ligne. Un agenda qui connaît vos horaires, vos absences, la durée de chaque prestation, et qui envoie un rappel la veille. Quelques jours si un outil du marché suffit, une à deux semaines s'il doit coller à votre façon de travailler.
L'espace client. Dès qu'il y a des comptes, il y a des mots de passe à protéger, des données personnelles à déclarer et des droits à gérer. C'est le point qui fait basculer un site vitrine du côté de l'application, et le budget avec.
Le paiement en ligne. Même sans boutique : un acompte à la réservation, le règlement d'un atelier. Il faut un prestataire de paiement, des factures, une politique de remboursement et des CGV qui tiennent.
Le multilingue. Chaque page est à traduire, mais aussi les adresses, les formulaires, les courriels automatiques et le référencement de chaque langue. Une deuxième langue ne double pas le travail, elle l'augmente d'environ la moitié.
La liaison à un logiciel que vous avez déjà. Agenda, gestion commerciale, caisse, fichier client. Le coût dépend entièrement de ce que ce logiciel accepte : certains ont une interface documentée, d'autres n'ont rien et il faut ruser.
Le contenu qui bouge. Catalogue filtrable, carte des zones d'intervention, galerie, agenda d'événements. Afficher une liste est simple ; la trier, la filtrer et la garder rapide avec deux cents entrées l'est beaucoup moins.
Une fonctionnalité ajoutée après coup coûte plus cher que la même prévue au départ. Ce n'est pas une manœuvre commerciale : il faut défaire, refaire et retester ce qui existait déjà.
D'où la question que je pose au premier échange : de quoi avez-vous besoin le jour de la mise en ligne, et qu'est-ce qui peut attendre six mois ? Un site qui sort avec l'essentiel et grandit ensuite coûte moins cher, et sort plus tôt.
Selon qui le fait, le prix n'est pas le même
Le même cahier des charges ne coûte pas la même chose selon qui s'en occupe, et l'écart ne tient pas qu'à la marge de chacun.
Vous-même, avec un éditeur en ligne. Le moins cher en euros, le plus cher en heures. Comptez plusieurs week-ends et un résultat qui dépendra de votre œil. C'est un choix qui se défend quand le site n'est pas ce qui fera rentrer vos clients.
Un indépendant. Pas de structure à financer, donc un tarif journalier plus bas. En face, une seule personne, avec ses disponibilités et ses limites : il doit vous dire lesquelles avant que vous signiez.
Une agence. Plusieurs métiers réunis, une continuité si quelqu'un s'en va, et les épaules pour absorber un gros projet. Vous payez aussi les locaux, le commercial et le chef de projet, et votre besoin traverse plus d'intermédiaires avant d'arriver à celui qui code.
Aucune des trois n'est meilleure dans l'absolu. Elles ne répondent simplement pas à la même question : combien de temps ai-je, et quel volume de travail y a-t-il derrière ? Cinq questions à poser avant de signer vous aidera à trancher, quel que soit le nom sur le devis.
Le piège du site à très bas prix
Un site à quelques centaines d'euros existe, et il a un modèle économique : l'abonnement. Vous ne possédez ni le code, ni le thème, parfois ni le nom de domaine. Le jour où vous voulez partir, il n'y a rien à emporter, il faut tout refaire, et vous repayez ce que vous croyiez avoir déjà payé.
La question n'est pas « combien ça coûte » mais « qu'est-ce qui m'appartient à la fin ? ». Un site que vous possédez se refond dans cinq ans en gardant son référencement, ses contenus et son adresse. Un site loué se jette.
Ce qu'un site coûte une fois en ligne
Le devis ne dit qu'une partie du prix. Un site vit, et sa vie a un coût annuel que beaucoup découvrent la deuxième année.
Le nom de domaine. Une quinzaine d'euros par an, souvent moins. C'est le poste le moins cher et le plus important : c'est votre adresse, et elle doit être enregistrée à votre nom, pas à celui de votre prestataire.
L'hébergement. Quelques euros par mois pour un site vitrine, quelques dizaines pour une boutique qui travaille. Chez un hébergeur français, la facture est la même qu'ailleurs.
Le certificat de sécurité, celui qui met le site en https. Il est gratuit depuis des années et se renouvelle tout seul. S'il vous est facturé, demandez pourquoi.
La maintenance. C'est le seul poste vraiment variable : mises à jour, sauvegardes vérifiées, correctifs, petites évolutions. Il se calcule sur ce que votre site vous rapporte quand il tourne, et sur ce qu'il vous coûte le jour où il s'arrête.
Un site dont personne ne s'occupe finit par tomber, et jamais à un moment qui vous arrange. La question n'est pas de savoir s'il faut le maintenir, mais qui s'en charge.
Les questions qui font tomber les masques
Posez-les à chaque prestataire, y compris à moi. « Le code et le domaine sont-ils à mon nom ? » « Le thème est-il acheté ou écrit pour moi ? » « Qui rédige les textes ? » « Comment gérez-vous mes anciennes adresses ? » « Que se passe-t-il après la mise en ligne, et à quel prix ? »
Cinq réponses claires, et l'écart entre trois devis devient parfaitement lisible. Il est souvent justifié, mais vous saurez pourquoi.
Ce que je pratique
Mes points de départ, pour situer : 800 € pour un site vitrine d'une page, 1 200 € pour un site de quelques pages, 2 200 € pour une boutique en ligne. Une application métier se chiffre après un échange, parce que le prix y dépend de ce qu'il y a à modéliser.
Un point de départ n'est pas un devis : le devis, lui, porte un montant ferme sur un périmètre écrit, et le cadrage détaillé vient après la signature, il fait partie du projet, il ne se facture pas à côté.
Envie d'un chiffre sur votre cas ? Décrivez-le en cinq minutes, je vous rappelle pour en parler avant de chiffrer.

